Moi, l'inconnu...

Photographier dans une culture étrangère, c’est s’introduire dans un monde qui ne vous a pas invité.

On y arrive avec une intention : témoigner, partager, parfois juste regarder. Mais l’objectif crée une relation qui oscille entre la grâce d’un moment partagé et le malaise d’une présence de trop, autant dans ce qu’il capte que dans ce qu’il laisse hors cadre.

Cette série, réalisée en Inde et au Népal, explore cette oscillation comme une question posée au photographe, et à travers lui, au spectateur : Qui regarde qui ? Avec quel droit ? À quel moment le regard devient-il une intrusion ?

Je n’y réponds pas. Les visages, si.


J’ai tenté de mettre le spectateur dans ma peau afin qu’il ressente et comprenne les enjeux de chaque pression sur le déclencheur. Le pouvoir final n’est pas du côté qu’on s’imagine.

Ceux qui refusent d’être photographiés le disent clairement. Je respecte toujours ce choix. Ceux qui acceptent offrent quelque chose de réel, même fugace : une fraction de seconde où deux mondes se touchent et se ressentent plus qu’ils ne se comprennent.


Cette série se lit comme un chemin, partant de l’acceptation par le sujet, l’établissement d’un contact bienveillant (le sadhu me pointant du doigt, l’enfant sur le vélo), en passant par la confusion, puis la suspicion et la méfiance, jusqu’à l’antagonisme du garçon aux cymbales : personne ne voit ni ne sait qu’un moment avant, il faisait le fou avec ses camarades, et que la seconde d’après, il me souriait. Seul cet instant le marque : l’absence totale de dialogue, le malaise d’être de trop. Un échange on ne peut plus limpide. Le réel.

Puis ce contact éphémère achève de se dissoudre jusqu’à ce que le sujet finisse par ignorer totalement ma présence.


Cette série (sans la vieille dame et le singe) est exposée du 15 juin au 10 août 2026 à Ascain (64) dans le cadre du festival Les Chemins de la Photographie.

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