Inoubliable éclipse !

Inoubliable éclipse !

Mercredi 12 août, la voiture est prête, les objectifs inspectés, nettoyés, calibrés après une soirée passée à fabriquer des filtres solaires « homemade »… et c’est le départ pour une journée de folie, direction Santander dans le pays basque espagnol.

Je pars en famille (ma fille n’a pas connu l’éclipse de 99), mais avec tout le matériel quand même : je ne peux absolument pas ne PAS la prendre en photo. Les souvenirs de 1999 sont encore relativement frais dans mon esprit et je me rappelle l’émotion incroyable de voire une éclipse totale.

Nous sommes sur site vers 17h30. On a pris un point d’observation au hasard parmi les plus proches proposés par l’IGN (Institut National Géographique) et le gouvernement espagnols, évidemment dans la bande de totalité : ce sera le phare de Cabo Mayor à Santander.

Déjà la crête de la falaise se remplit gentiment de touristes et locaux curieux qui posent leurs couvertures au sol, les parasols, les poches de chips et de sandwiches… les gamins jouent, les gens discutent, chacun essaye de trouver SON meilleur emplacement sans trop déranger les autres, surtout lorsqu’on a un trépied à installer.

Au loin, une armada de petits bateaux arrivent et s’installent pour assister au spectacle. La mer n’a jamais été aussi encombrée. Encore plus loin, c’est un gros navire de croisière qui avance très lentement, dirigé vers le soleil lui aussi. Des dauphins jouent dans les vagues et viennent rompre l’attente qui devient insoutenable. 

Puis à 19h31, c’est le début du show. D’abord, c’est long. C’est lent. On commence à chausser les lunettes de protection en carton, on ajuste les appareils, ah oui, tiens, on remarque que ce gros pacman de soleil commence à se faire doucement grignoter par la droite, des index se pointent, c’est curieux !

On sent néanmoins une certaine fébrilité, une excitation que « ça » arrive. Comme un grand orchestre de l’univers qui accorderait une dernière fois ses violons. Ceux qui savent, qui l’ont déjà vécue, qui connaissent, sourient par anticipation. Les autres patientent, plus ou moins silencieusement. La falaise baigne encore dans une lumière quasi-normale de début de soirée estivale.

Puis tout s’accélère. On entend des exclamations de plus en plus nombreuses, des gens rient nerveusement, s’esclaffent. Moi, je m’affaire sur mon matériel. Le stress monte. Tous mes réglages sont calés, dans ma tête en tout cas, mais la totalité ne durant qu’une minute et 3 secondes ici, va pas falloir se planter, surtout que je veux également prendre un court instant pour simplement profiter de cette totalité magique si rare.

Déjà, la lumière diminue. C’est très léger, mais perceptible. La température baisse également, puis plus franchement. Dans l’oeilleton de mon appareil, c’est la folie : un dernier éclat de lumière sur la gauche et on peut même voir une éruption solaire vomir un torrent de feu au niveau de l’équateur.

Et soudain, nous y sommes. Les gens poussent des cris, applaudissent lorsque la lune se transforme en gigantesque trou noir devant le soleil. La lumière et la chaleur atmosphérique  sont comme aspirées, les mouettes se taisent, le monde retient son souffle.

Le sentiment est au-delà du verbe, indescriptible. On reste bloqué sur 2, 3 mots maximum, qu’on répète sans pouvoir détacher son regard de ce spectacle fou. C’est fou. Totalement fou. On se croirait dans un film de science-fiction. C’est beau, magique, magnifique, effrayant, même. On n’est rien, et on observe l’espace d’une minute et 3 secondes infinies une manifestation de la magnificence de l’univers et du mouvement des astres. On touche au sacré, vraiment. 

Et c’est la totalité, avec sa couronne de feu, un moment en suspend. La rumeur s’efface, les gens sont hypnotisés, on sait que cela ne va pas durer, on boit du regard les quelques photons qui nous émerveillent, les appareils photos se déchaînent, le temps se fige.

Puis la lune se décale de nouveau, et c’est un éclat instantané sur la droite cette fois, et le croissant solaire recommence à croître. La lumière nous enveloppe de nouveau, la chaleur aussi, les gens s’exclament, peut-être inconsciemment soulagés, peut-être libérés cette terreur culturelle ancestrale de voir le monde disparaître.

Tout le monde se sourie, se parle. On rie, on montre déjà ses premiers clichés à son voisin. On a partagé quelque chose d’unique avec chaque humain présent. Une vibration inoubliable. 

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